mardi 26 avril 2011

Le pic de pétrole pour les nuls!

Ces derniers mois j'ai eu l'occasion d'assister à différentes conférences sur le pic du pétrole ("the Peak Oil"). Sachant que tout le monde s'accorde sur le fait que le pétrole est une énergie fossile dont les réserves se vident progressivement, la question actuelle n'est donc pas de savoir SI il n'y aura plus de pétrole, mais bien QUAND. N'en déplaise à tous ceux qui en dépendent directement, il semble que l'échéance soit assez brève. Certaines prévisions estiment même à 2010 la période du pic. Nous y sommes donc.

Évidemment, affirmer que nous sommes arrivés au sommet du pic ne signifie pas que nous serons en pénurie demain, mais cela pose tout de même de sérieux problèmes. En effet, d'un point de vue géologique, l'extraction du pétrole "conventionnel" se fera de plus en plus difficilement avec la pression qui diminue au cœur des gisements. d'un point de vue économique, financier et surtout social, les conséquences risquent d'être encore plus pénibles.




Les crises pétrolières, un mécanisme destiné à se reproduire

En effet, les difficultés croissantes vont apparaître surtout lorsque la production ne sera plus en mesure de combler les besoins en énergie à l'échelle mondiale. En effet, dans ces moments où la ressource en énergie se fait plus rare, des tensions apparaissent sur les marchés suivis par une augmentation du prix du baril de pétrole. C'est alors tout simplement la "crise" avec toutes les conséquences que l'on commence à connaître et qu'il va falloir apprendre à anticiper. 

Un, deux et trois ...

Des chocs pétroliers, nous en avons connu plusieurs, qui ont toutes fait suite à des périodes de croissance. Le premier choc pétrolier a eu lieu en 1973 pour des raisons politiques alors que "pendant la guerre du Kippour, les pays arabes membres de l'OPEP, annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole contre les États « qui soutiennent Israël ». Ses effets se feront sentir jusqu'en 1978. En 1979, c'est déjà le deuxième choc pétrolier avec l’émergence de conflits au moyen orient notamment avec la guerre entre l'Iran et l'Irak .

Le  troisième choc pétrolier, contrairement aux deux précédents, n'est pas la conséquence d'un évènement géopolitique précis. Il résulte de la forte hausse du pétrole entre 2003 et 2007 avec, en 2008, un pic sans précédent amenant le baril de pétrole à 144,27 dollars à New-York le 2 juillet 2008. Paradoxalement, la crise mondiale qui a suivi et qui sévi encore actuellement a ralenti la croissance mondiale, réduisant drastiquement les pressions de la demande mondiale sur la production de pétrole. Du coup les prix se sont mis à infléchir, préparant le terreau d'une nouvelle croissance qui aboutira inéluctablement au prochain choc pétrolier.

Finalement à quand le pic de pétrole?

Je vous laisse juge des estimation divergentes en fonction des intérêts en jeu...
  • Pour Shell : après 2025
  • Pour Total : 2020 – 2025
  • Pour Exxon-Mobil : après 2030
  • Bristish Petroleum (BP) : impossible à déterminer, selon eux
  • Gouvernement français : 2020 – 2030
  • Experts indépendants (moyenne) : entre 2007 et 2015
  • Sociétés spécialisées : entre 2010 et 2020
  • Sociétés conseils : entre 2010 et 2030. 
  • L’ASPO, la plus militante et sans doute la plus représentative, table sur 2010.
  • Constructeurs automobiles (Ford) : entre 2005 et 2010.
 

    Le pétrole en quelques chiffres...
    • L'humanité a consumé consommé autant de pétrole pendant la moitié du XXème siècle sur une période de 1900 et 1950 que sur 5 ans entre 2000 et 2005. Il me semble que l'on peut dire que la machine s'emballe...
    • Chaque jour ce sont plus de 85.000.000 de barils de pétrole qui sont consommés, soit 30.000.000.000 de barils par an.
    • Pour 5 barils consommés chaque jour, un seul nouveau baril est découvert et cette situation devient de plus en plus critique. 
    • Pour répondre dans les dix, quinze ans à venir aux besoins mondiaux, il faudrait produire quotidiennement 40 millions de barils supplémentaires, soit l’équivalent de la production de quatre nouvelles Arabies Saoudites, le principal producteur mondial. Ce qui est évidemment totalement impossible.

    Quelles sont les solutions et les approches possibles?


    La première consiste à penser que la technologie et le progrès viendront toujours au secours de notre société pour développer à la fois les techniques d'extractions de pétrole non-conventionnel, et découvrir de nouveaux gisements de pétroles encore non découverts. Conjugué à l'efficience énergétique des nouvelles machines, cela permettra encore de tenir assez longtemps... 

    La seconde approche, est plus sociétale et vise à anticiper une transition qui aura de toute façon lieu. On parle alors de relocaliser l'économie, réduire la dépendance énergétique, et globalement réorganiser la société (potagers urbains, télétravail, transports, etc.). Cette démarche est incarnée dans le mouvement des villes en transition.
      Je vous conseille de prendre 10 minute de votre précieux temps pour écouter Rob Hopking qui présente le concept des villes en transition :






        Cuba, un exemple de résilience face au pic pétrolier! 

        Face à la pénurie de pétrole imposée par l'embargo des Etats-Unis sur ce petit pays, nous avons ici la chance de pouvoir nous appuyer sur une expérience inédite, même si contrainte et forcée, d'une société qui a du faire face à un pic pétrolier d'une violence inégalée. En effet, c'est donc dans les années 90, à partir de la chute du mur de Berlin et de l'effondrement du bloc communiste, que Cuba s'est retrouvée seule, ne pouvant plus compter sur son alliée de toujours l'URSS, à devoir gérer une diminution drastique de ses importations et exportations. L'accès au pétrole devient alors très compliqué. C'est l'instauration de "la période spéciale en temps de paix" qui aura des conséquences dans toutes les sphères de la société! Le PIB du pays chute alors de 35%, les biocides utilisés dans l'agriculture sont divisés par 20, des problèmes d'approvisionnement en électricité et pétrole apparaissent et des rationnements sont instaurés pour permettre à chacun de pouvoir simplement se nourrir. De nombreuses réformes, notamment agraires sont mises en place pour faciliter la transition d'une agriculture intensive de monoculture basée sur les exportations à une agriculture paysanne diversifiée de maraîchage basée sur l'autosuffisance des populations. C'est la naissance des fameux potagers urbains de Cuba. Après une période difficile, la population cubaine montre aujourd'hui une santé et une espérance de vie insolente, du même niveau que son voisin américain, avec un PIB Plus 11 fois moindre. On peut ainsi se poser la question de la représentativité du PIB comme indicateur de bien-être... Mais cela fera l'objet d'un prochain billet!

        En conclusion je reprendrais une phrase de


        / l'A.S.P.O. (Association pour l'étude du pic du pétrole et du gaz)

        Villes en transition
        // www.picsdepetroleetdegaz.be 
        // « Le pouvoir de la communauté ou comment Cuba a survécu au pic du pétrole », documentaire de Faith Morgan

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